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Les cas groupés de grippe à Clamart

Publié le : 5 août 2009




L’histoire commence à 11h15 ce jour.

Une patiente qui n’a pas lu les recommandations placardées partout dans le cabinet de groupe où j’exerce rentre dans mon cabinet.

Elle me dit tousser depuis 2 jours, avoir mal à la tête, avoir eu 38° 5 hier.

Je demande à la patiente si elle n’a pas croisé de mexicain basané ou d’anglo saxon.

Elle me rassure du point de vue de ses fréquentations mais m’explique qu’elle travaille dans un open-space de 200 personnes où 3 de ses collègues présentent les même symptômes.

 

Nous sommes donc en présence d’un possible cas groupé et n’écoutant que mon courage de co-président de syndicat, je décide d’appliquer la procédure à cette malheureuse patiente qui ne demande qu’à aller se mettre sous la couette avec un peu de paracétamol.

 

Je demande à la secrétaire de s’équiper en masque ainsi que les patients de la salle d’attente et j’appelle la DDASS 92. Elle me donne le numéro de la DDASS 93 car l’open-space se situe à Saint Ouen.

Je suis mis en rapport avec le médecin de permanence qui confirme qu’à 4 on est bien à plus de 3 et qu’il s’agit d’un possible cas groupé et que nous devons adresser la patiente à un centre de prélèvement dédié grippe H1N1 répertorié dans chaque département. Pour Saint Ouen, c’est Saint Denis.

Je réexplique que bien que travaillant à Saint Ouen elle est actuellement dans mon cabinet à Clamart où elle habite et, après un long silence, on me confirme que je dois alors m’adresser à la DDASS du 92.

Çà tombe bien j’ai déjà le numéro et il n’est pas encore midi .

Patiemment j’explique à la DDASS du 92 pourquoi je leur refile le bébé et là j’apprend que, pour les prélèvements dédiés, c’est le 15 qui régule les envois : çà tombe bien j’ai gardé le numéro.

Comme je commence à mélanger les numéros qui s’accumulent sur ma feuille qui n’en compte pas moins de 11, je tombe par erreur sur le médecin du 93 qui est content de m’avoir car, entre temps, il a appelé le chef de ma patiente au courant d’aucun cas car il rentre de vacances et que cette absence de cas authentifiés change la procédure.

On doit attendre d’être certain d’avoir affaire à des cas groupés avant de lancer la procédure de prélèvement !

Certains, qui me trouvent un peu prompt à l’énervement seront surpris de l’extrême patience que je manifeste pour expliquer au médecin que j’ai l’habitude de croire ce que mes patients me disent et que là ma patiente commence à trouver le temps long.

Sans compter que pendant ce temps là, je vois les patients s’accumuler dans la salle d’attente et qu’à ce rythme mon stock de masque va s’épuiser ...

Le médecin convient que c’est lui qui va faire l’enquête et elle commence tout de suite car pendant que je rappelle le 15 du 92 en faisant cette fois le bon numéro, ma patiente est appelée par son chef qui lui demande les noms des collègues atteints...

J’ai donc le médecin régulateur du centre 15 du 92 qui m’explique qu’il y a 5 centres dédiés sur le département et que, manque de bol, c’est le plus éloigné qui est activé alors que j’en ai un sur la commune.

J’apprends donc que c’ est une ambulance qui va venir chercher ma patiente pour lui faire traverser le département pour aller dans le fameux centre dédié au prélèvement.

Elle sort de mon cabinet masquée.

Je sens en sortant que bien que tout le monde se marre, la tension dans la salle d’attente a monté.

Il est 12h20,.j’ai passé 1h05 à faire le tour de la procédure et çà n’est pas fini pour la patiente qui prend la chose avec humour et à qui j’ai donné mon numéro de portable pour qu’elle me tienne au courant de la suite de son aventure.

L’ambulance arrive à 13h05. Les ambulanciers sont masqués portent une blouse jetable mais ne sont pas bottés. Le prélèvement sera fait à l’autre bout du département du 92 .Je rêve des médecins belges qui disposeraient d’un kit de prélèvement et pense à mes collègues qui n’iront pas avec raison au bout de la procédure.

Je commence à comprendre pourquoi en France on a si peu de cas.

 

La suite n’est pas triste non plus : l’hôpital qui a accueilli la patiente comme un chien dans un jeu de quille lui demande d’appeler elle même dans 48 H pour avoir les résultats.

Et surtout, ne la raccompagne pas à son domicile : "on ne va quand même pas faire payer la société pour une grippe !"

 

 

Je m’interroge en généraliste : quelle est la différence entre une patiente suspecte qu’on vient chercher en ambulance par des gens en masque et blouse à mon cabinet et celle qu’on laisse repartir en taxi, à ses frais sans masque ni pour elle ni pour le taxi ?

N’y aurait t il pas un bug quelque part ?

 

En tous cas une chose est sûre : je l’ai fait une fois je ne le ferai pas deux et c’est ainsi que les statistiques H1N1 en France risquent de ne pas dépasser celles du Royaume Uni.

 

 

Dr Jean-Paul Hamon

 

 

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