Version imprimable de cet article  

Rubrique sur le corps

vendredi 25 septembre 2009
par  GIRAUD Christiane
popularité : 2%

INTRODUCTION À UNE INTRODUCTION

 

 

 

Lecteur, tu peux t’étonner de l’article qui t’est proposé à la suite de cette introduction et qui a pour sujet la pornographie. En quoi une réflexion sur la pornographie peut-elle trouver sa place dans la revue de l’URML ?

Nous vivons une époque que le prix nobel de chimie : Ilya Priogogine a défini scientifiquement comme l’époque de : La fin des Certitudes, c’est aussi vrai en médecine que dans les autres domaines scientifiques, le futur pour une large part n’est pas prévisible.

Dans ce contexte, nous souffrons d’une perte de repère sur la vérité, les vérités, le bien fondé de telle ou telle pratique médicales, de telles façons de soigner.

C’est peut-être le moment de faire retour sur l’expérience et l’expérience qui fonde la médecine dans son ensemble c’est l’expérience du corps, des corps, du corps de nos patients.

Il y a peut-être même urgence car avec l’explosion des techniques comme l’imagerie médicale, un certain nombre d’entre nous se passent de la clinique pour fonder leurs pratiques sur un corps devenu virtuel. Les représentations du corps par l’imagerie médicale peuvent-elles remplacer l’expérience clinique du praticien ? Question qui aurait sa place dans tous les services d’urgence où un nombre croissant de scanner sert de référence aux choix médicaux.

Nous te proposons une rubrique sur le corps qui publiera différents discours sur le corps, non seulement médicaux au sens strict du terme, mais aussi philosophique, anthropologique, psychologique ou psychanalytique voire artistique car la médecine est liée aux savoirs de son temps et ses représentations sont influencées par les discours scientifiques et les représentations qui parcourent le champ social dans son ensemble.

Nous avons choisi le livre de la philosophe Michela Marzano pour débuter cette rubrique car elle pose d’emblée les enjeux qui se nouent autour de l’expression contemporaine du corps

 

 

 

Note de lecture du livre

« La pornographie ou l’épuisement du désir »

de Michela Marzano

- paru aux Editions Buchet . chastel -

 

 

 

 

 

Cher lecteur, chère lectrice,

 

Je voudrais t’inciter à découvrir les travaux de la philosophe Michela Marzano sur la philosophie du corps. Dans ce but, je vais essayer de t’introduire à l’un de ses ouvrages : « La pornographie ou l’épuisement du désir » en posant trois questions :

1° Qu’est-ce que la pornographie ?

2° Pourquoi une philosophe du corps s’intéresse à la pornographie ?

3° Quelles relations peut-il exister entre la pornographie, le discours philosophique de Michela Marzano et le médecin que je suis ?

 

 

1° Qu’est ce que la pornographie 

 

Des multinationales cotées en bourse (le groupe private, Vidéo Marc Dorcel, le groupe américain Wicked Pictures…).

 

Une industrie du cinéma florissante, qui diffuse sur l’ensemble des chaînes de télévision, avec :

- Des milliers de cassettes vidéos vendues dans les sex-shop ou sur internet,

- Des publicités omniprésentes sur les messageries, particulièrement sur les serveurs gratuits, des pages de publicités dans des magazines ordinaires ( ex : programmes de télévision )…..

- Des hommes et des femmes acteurs et actrices du cinéma porno dont l’expérience confirme que la pornographie est avant tout une industrie du sexe qui produit des scènes d’accouplements.

 

Une histoire

Cette industrie est née dans les années1970 et si au départ l’objectif de « tout montrer » du sexe s’accompagne d’une recherche esthétisante, à partir des années 90 on assiste à une surenchère dans l’exposition qui ne connaît plus de limites : actes sexuels dans un contexte de violence, de rapports sadomasochistes, de mise en scène avec des enfants, de zoophilie etc. Le « tout est permis, rien n’est interdit » est une justification permanente pour s’opposer à toute critique et réglementation.

 

Un public

Si la liberté d’adultes volontaires qui apprécient les représentations pornographiques n’est pas à remettre en cause qu’en est-il des adolescents ?

Des enquêtes auprès d’adolescents montrent que de nombreux jeunes adhérent à la pornographie, sans aucun esprit critique faisant la confusion avec l’information sexuelle et ou initiation sexuelle. Ils adhèrent à des archétypes d’homme (le mâle surpuissant et violent), de femme (esclave sexuelle) qui peuvent influencer leurs comportements et avoir comme conséquences des conduites déviantes et délinquantes.

 

 

Pourquoi une philosophe du corps s’intéresse à ce phénomène ?

 

Qu’est-ce qui fait sens dans les représentations pornographiques ? « Comment à travers la pornographie, l’époque contemporaine exprime son image du corps et de la personne humaine ? » Quelles valeurs découlent du tout est permis, rien ne doit être interdit ?

L’analyse de Michela Marzano, sa recherche philosophique n’a pas pour objectif la restauration d’un ordre moral. Elle nous propose un parcours dans la littérature et le cinéma érotiques pour bien les distinguer de la pornographie. L’amant de lady chatterley, L’Empire des Sens sont des récits qui mettent en lumière la complexité des rapports amoureux, leurs mystères, leurs aboutissements heureux ou tragiques tous dépendants d’une histoire humaine unique. Les récits érotiques ont du sens, ils nous interrogent sur le sens de la vie et de la mort qui se nouent dans l’intimité des corps. Mais intimité, subjectivité, récit renvoient à des personnes, à des êtres humains aux prises avec leurs désirs dans les difficultés d’être et de vivre l’amour. Eros n’a pas pour essence l’animalité, l’obscénité, la trivialité et s’il côtoie les pulsions de mort (jalousie, domination…), il est l’expression de l’humain.

La représentation actuelle de la sexualité est envahie par des représentations issues de la pornographie, le corps est un objet de chair sujet à consommation, soumis à toutes les pulsions d’hommes et de femmes qui se rapportent à des archétypes féminins et masculins qui alimentent la violence et la déshumanisation. Définir le désir comme une pulsion animale qui cherche à se satisfaire de la seule jouissance organique c’est s’inscrire dans un discours totalitaire où l’être humain est nié avec ses problématiques liées au manque, à la fragilité, à la solitude. La pornographie aboutit à détruire le désir qu’elle est censée valoriser, « Par mon corps je suis un être pour autrui. C’est là qu’apparaît le désir, qui est découverte de l’autre comme corps et comme corps autre, tout autant que découverte du manque en moi ». 1

 

 

3° Quelles relations peut-il exister entre la pornographie, le discours de Michela Marzano et le médecin que je suis ?

 

La philosophie du corps, la médecine, la pornographie ont en commun une expérience du corps.

Si l’histoire de la médecine montre que la médecine a participé à la désacralisation du corps pour laisser libre cours à l’investigation scientifique, cette désacralisation s’est faite au nom d’un humanisme : soulager le corps de la douleur, le guérir de la maladie.

Mais la pornographie nous indique les limites et les dérives de la désacralisation actuelle en réduisant le corps à un objet de jouissance, détaché de la personne.

La médecine à son insu ne participe-t- elle pas à une vision du corps objet, objet scientifique, lui aussi détaché d’un sujet, d’une histoire, d’une culture ?

Le corps n’est–il pas autre chose qu’une masse charnelle exploitable par les uns et par les autres certes au nom d’objectifs différents (pour les uns le plaisir et la commercialisation du plaisir, pour les autres la science et le désir de guérir ) ?

N’est- il pas temps à notre époque de revoir la philosophie dualiste qui analyse le corps d’un côté, l’âme ou l’esprit de l’autre ?

La médecine peut-elle faire l’impasse d’une réflexion sur la philosophie du corps ?

 

Si la lecture de ce livre n’est pas difficile car elle se fait à l’aide d’un parcours à travers la littérature et le cinéma, elle est éprouvante et dérangeante mais elle permet de prendre conscience des enjeux contemporains qui se nouent autour de la représentation du corps ;

Cher lecteur, chère lectrice, j’espère t’avoir donné envie de lire ce livre et qu’une fois lu tu voudras poursuivre ces interrogations philosophiques par la lecture du second livre de Michela Marzano : Penser le corps … Mais ceci est une autre histoire, voire un autre compte-rendu…

 

Christiane Giraud

 

 

Article publié dans la revue de l’URML PACA n°28, avril 2009, téléchargeable sur le site www.urml-paca.org dans la rubrique : publications.

 

1 Gérard Bailhache article Approches du corps dans Le corps ce qu’en disent les religions. Ed de l’Atelier.



Commentaires

Assistance juridique

Navigation

Thèmes

9/152
5/152
2/152
1/152
4/152
18/152
152/152
10/152
3/152
5/152
53/152

Statistiques

Dernière mise à jour

dimanche 29 janvier 2012

Publication

343 Articles
6 Albums photo
10 Brèves
27 Sites Web
66 Auteurs

Visites

169 aujourd'hui
290 hier
74482 depuis le début
15 visiteurs actuellement connectés